80ème Congrès du Parti Socialiste

Contributions fédérales

Sommaire

Contribution thématique 1 :
Se renouveler pour renouer avec les citoyen·ne·s

Chaque Congrès est une nouvelle occasion de nous interroger sur notre fonctionnement, sur notre ligne, sur les combats que nous aurons à mener pendant les 3 prochaines années. En cette période charnière de notre histoire politique, ces réflexions doivent nous conduire, pour renouer avec notre électorat et avec l’exercice du pouvoir à l’échelle nationale, à nous remettre profondément en question.

Susciter l’engagement

L’engagement politique, mais aussi citoyen et associatif, est en perte de vitesse. Avec le développement de la société de consommation et l’omniprésence des réseaux sociaux, une part de plus en plus importante de la population ne souhaite s’engager que sur le court-terme, avec une volonté de résultats immédiats. S’ajoute à ces phénomènes l’image dégradée du monde politique, souvent perçu comme incapable de répondre aux défis du monde : au « tous pourris » s’ajoute désormais le « tous impuissants », et de l’impuissance supposée des partis découle un sentiment d’inutilité de l’engagement politique.

Des partis structurés, conçus pour la conquête du pouvoir mais travaillant sur le long terme, tendent à se vider au profit de modes de participation citoyenne plus éphémères, dans des mouvements souvent moins structurés.

Deux pistes nous semblent essentielles pour susciter de nouveau l’engagement : retrouver un récit lisible et clair, et gagner en visibilité.

Retrouver un récit clair dans lequel inscrire nos combats

Dans cette période marquée par une fugacité de l’information comme de l’engagement, il nous appartient de réintroduire du long terme, de montrer un horizon. Nos combats pour la justice, pour la solidarité, pour l’égalité, pour l’environnement, pour la République jusqu’au bout sont intemporels. Ils doivent toujours, dans nos discours, éclairer l’actualité et justifier chacune de nos positions. Par la lisibilité de notre discours, la pédagogie entourant nos actions et la clarté de notre récit, nous pourrons faire mieux comprendre l’utilité de l’engagement politique au Parti Socialiste.

Gagner en visibilité pour faire entendre ce récit

Le renforcement de notre visibilité passera inévitablement par le réinvestissement du terrain associatif et syndical par les militantes et militants socialistes. Longtemps force de notre Parti, ce lien privilégié et cette perméabilité entre la société civile, le monde syndical et le Parti Socialiste nous permettaient d’être l’incarnation naturelle de l’engagement politique à gauche.

  • Aujourd’hui, les socialistes sont proportionnellement plus rares dans le tissu associatif et syndical qu’ils ne l’ont été. Autant de relais de moins pour nos idées vers nos partenaires que de la société civile vers le Parti. L’article 2.1.1.2.3 des statuts du Parti Socialiste, qui dispose que les membres du parti sont encouragés à appartenir à une organisation syndicale et à au moins une association, doit être revisité à l’aune des nouvelles réalités sociologiques et économiques.
  • Il faudra également veiller, dans toutes les fédérations, à continuer de rencontrer des acteurs de terrain, y compris et surtout en dehors des périodes de campagne électorale. Par ces rencontres, le Parti Socialiste doit continuer à irriguer les débats de ses militant·e·s et de ses élu·e·s d’expressions et de réalités de terrain.

Renouveler notre fonctionnement

L’image du Parti Socialiste a pu être écornée à la suite du dernier quinquennat socialiste, et son identité de parti de gauche remise en question par une grande partie de notre électorat historique. Si ce sentiment tend à s’estomper, il explique en partie nos résultats lors des derniers scrutins. Pour autant, la seule réaffirmation de notre identité ne nous permettra pas de faire revenir ceux qui nous ont quittés ou d’attirer à nous de nouvelles et nouveaux militants.

L’ensemble des partis politiques souffrent aujourd’hui d’une image dégradée : très codifiés, souvent théâtres de luttes de pouvoir et de poursuite d’ambitions personnelles, fonctionnement en huis-clos. Cette image, bien qu’en partie exagérée, n’est plus compatible avec les exigences de nos concitoyens en termes de démocratie et de transparence. Notre fonctionnement doit évoluer pour retenir les adhérent·e·s et en attirer de nouveaux.

Un parti ouvert

Le Parti Socialiste ne pourra se régénérer que par une ouverture à la société. Un fonctionnement opaque et en huis-clos n’est pas souhaitable. Plusieurs pistes peuvent ainsi être ouvertes :

  • Le Parti Socialiste doit accueillir toutes celles et ceux qui souhaitent défendre nos valeurs. Cet accueil passe par une meilleure inclusion des sympathisant·e·s afin de mieux accompagner le peuple de gauche vers le militantisme et l’engagement dans notre Parti.
  • L’audition régulière, dans les fédérations et au national, de spécialistes et d’acteurs liés à nos combats nous permettra de nous régénérer intellectuellement et d’étoffer nos réflexions en partant du réel.

Un nouveaux rapport aux militant·e·s

Trop souvent, les militants de longue date ne se sentent pas valorisés au sein du Parti Socialiste, et les nouveaux adhérents sont parfois déçus du manque d’activité et de débats internes.

  • L’accueil des nouveaux adhérents doit faire l’objet d’un soin particulier à plusieurs égards. Les primo-adhérents doivent se voir remettre toute la documentation nécessaire à la compréhension de notre parti, de son fonctionnement, de ses codes. Un système de parrainage, à l’échelle fédérale, permettrait de mieux accompagner l’insertion des primo-adhérents dans la famille socialiste.
  • Le Parti Socialiste doit rester formateur et émancipateur : la question de la formation continue des cadres fédéraux, des secrétaires de section et des militantes et militants doit devenir une priorité dans notre Parti, notamment pour favoriser l’insertion des nouveaux adhérents.
  • Les sections et les fédérations doivent redevenir des lieux de débats de fond et de production intellectuelle : les adhérents ne peuvent se résumer à une main d’œuvre militante. Rationaliser la carte des sections et impulser des cycles de débats permettrait de redonner un rôle de production de fond aux structures locales du Parti.
  • La question du renouvellement générationnel doit être prise à bras le corps. Il est nécessaire de mettre en avant des nouveaux profils plus jeunes, plus divers afin de permettre ce renouvellement des générations et des profils. Un chantier devra également être mené pour aider les fédérations MJS à se structurer et à se développer dans les fédérations, tout en respectant les aspirations légitimes et la voix des jeunes socialistes.

Notre conviction profonde est que le Parti Socialiste, par ses valeurs et son histoire, a encore de grands combats à mener. Nous renouerons avec notre rôle historique en suscitant, de nouveau et en premier lieu, la confiance et l’adhésion de celles et ceux qui souhaitent s’engager pour changer les choses. Cette confiance ne pourra être retrouvée qu’au prix de transformations profondes de nos modes de militantisme et de fonctionnement : alors seulement nous pourrons redevenir cette force centrale de la gauche, capable d’en réunir toutes les sensibilités pour gagner et changer la vie des Français·e·s.

Les premiers signataires :

Marie-José Amah, première secrétaire fédérale, vice-présidente du conseil départemental (54) – Audrey Bardot, vice-présidente du conseil départemental (54) – Hervé Tillard, maire de Chavigny, conseiller régional (54) – René Thiry, maire d’Audun-le-Roman (54) –  Benjamin Claudon, animateur fédéral du MJS54, membre du bureau national du MJS – Quentin Cherrier-Lagarde, secrétariat fédéral, premier adjoint au maire de Valleroy (54) – Anne Heideiger, secrétaire fédérale (54) – Luc Charpentier, secrétaire fédéral et secrétaire de section (12) – Isabelle Masson (54) – Laurent Pierron (54) – Estelle Picard, conseil national du PS (79) – Denis Remy (54) – Frédéric Maurice, maire adjoint de Conflans-en-Jarnisy, secrétaire de section (54) – Françoise Méjean (54) – Christian Varnier, trésorier de section (54) – Françoise Pierron-Mathevet (54) – Matthieu Leiritz, secrétaire fédéral (54) – Laure Botella, secrétaire de section (95) – Zohra Boulahjar (54) – Michel Pardieu (54) –  Catherine Guenser, première adjointe au maire de Liverdun (54) – Ninumé Descamps, secrétaire de section, conseillère municipale de Pourrières (83) – Agnès Marchand (54) – Émilie Coulin, secrétaire fédérale (54) – Nicole Samour, première secrétaire fédérale (52) – Éric Zuccarelli (75) – Claude Lombard, conseillère municipale (54) – Maëva Jouvien-Mouri, conseillère municipale, secrétaire fédérale (54) – Silvia Camara-Tombini, première secrétaire fédérale (49) – Jean-Luc Malet, secrétaire de section, secrétaire fédéral (12) – Julien Lefebvre (54) – Christian Lombard, maire de Moineville (54) – Valérie Ephritikhine, secrétaire de section (54) – Anxhelo Bici (54) – Steve Lechangeur, maire adjoint de Colombelles, conseiller départemental (14) – Nicolas Ducrocq (44) – Patrick Châtel, bureau fédéral (51) – Franck Charlier, premier secrétaire fédéral (71) – Patrick Bequet (35) – Dominique Deviterne, conseiller municipal de Pulnoy, secrétaire de section (54) – Daniel Adoue, secrétaire fédéral (32) – Florence Chiavassa, bureau fédéral des adhésions (75) – Dieynaba Diop, porte-parole du Parti Socialiste, membre du Conseil National, conseillère régionale (78) – Christine Minery, secrétaire fédérale, conseillère municipale de Saint-Max (54) – Nicolas Moura, secrétaire fédéral (54) – Kamel Bouzad, secrétaire fédéral, vice-président Grand Longwy Agglomération (54) – Aline Jeudi, première secrétaire fédérale, conseillère municipale et communautaire (03) – Laurent Olivier (54) – Hélène Dousse (54) – Sam Arsac (FFE) – Mouloud Merbah (54) – Serge Auvergne (52) – Marc Kergomard, secrétaire de section (35) – Skender Hekalo, secrétaire de section (54) – Alix Soler-Alcaraz, premier secrétaire fédéral (11) – François Renault, secrétaire fédéral (54)

Contribution thématique 2 :
Du droit à la nuit et de la nécessaire lutte contre la pollution lumineuse

Une pollution, c’est une modification de l’environnement. Depuis l’origine de la vie, il y a 3,5 à 3,8 milliards d’années, la durée de nuit est égale à la durée du jour en tout point de la planète sur une année. Il y a quelques décennies, il a été décidé que la modernité, c’était de dominer la nature, donc d’effacer la nuit en éclairant partout, tout le temps, uniformément, autant que possible.

Selon l’IPV, « Indice Planète Vivante », entre 1970 et 2018, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 69% dans le monde. En moins d’un demi-siècle, les effectifs de plus de 32 000 populations de mammifères, d’oiseaux, d’amphibiens, de reptiles et de poissons ont chuté des deux tiers !

Nous savons que la pollution lumineuse est un cataclysme pour l’environnement et la biodiversité. C’est la deuxième cause de disparition des insectes en Europe. Nous savons son impact sur les migrations des oiseaux, sur les modifications des chaînes de prédation.

Des scientifiques alertent sur son impact défavorable sur la santé humaine. C’est aujourd’hui un problème de santé publique, notamment en modifiant le rythme circadien de nos concitoyens.

La crise énergétique et la réouverture de centrales au charbon, comme celle de Saint-Avold en Lorraine doivent finir de nous convaincre de remettre au cœur de nos politiques les enjeux liés à l’éclairage de nos villes, de nos rues et de nos parkings en cœur de nuit.

Le mix énergétique Français, comprend aujourd’hui 10 à 15% de gaz pour produire l’électricité la nuit. 10 à 15% des lampadaires sont donc des torchères. A l’heure de la sobriété et de la crise énergétique, nous pensons qu’il serait plus utile de laisser cette énergie aux Français pour se chauffer cet hiver. Chaque lumière est-elle indispensable, à chaque instant ?

A l’heure de la crise environnementale, faisons-nous les bons choix en matière d’éclairage ?

Nous appelons à la modernité. Nous appelons à éclairer moins mais mieux. Personne ne remet en cause qu’une sortie d’école à 17h en plein hiver nécessite de la lumière. Mais interrogeons-nous sur le sens d’éclairer le même endroit à 3h avec la même puissance ?

Des politiques publiques fortes doivent être menées en la matière, tout en répondant aux craintes d’une partie de nos concitoyens. Le sentiment d’insécurité doit être entendu et pris en compte, et la population rassurée : Nous savons aujourd’hui, statistiques à l’appui, que l’éclairage n’est pas un facteur de « plus de sécurité ». 7 cambriolages sur 10 ont lieu en journée. 12.000 communes éteignent déjà la lumière au cœur de la nuit, sans que la délinquance y augmente.

En revanche, nous pouvons désormais affirmer que les secteurs éclairés sont propices à l’augmentation de la vitesse des véhicules.

Les lumières de nos rues, quand et où elles sont inutiles doivent être éteintes.

Nous appelons à l’interdiction des lumières blanches en généralisant l’interdiction des lampes au-dessus de 2700 kelvins comme c’est déjà le cas dans nos parcs nationaux.

Nous appelons les départements et les régions socialistes à appliquer un « bonus écologique » lors de la subvention de travaux d’éclairage en adaptant les taux de prises en charge pour accompagner les communes les plus vertueuses. Une commune qui s’engage à éteindre en cœur de nuit doit être plus aidée qu’une collectivité qui continue à éclairer sans discernement.

Nous soutenons, enfin, la création d’un droit à la nuit. Le cadre juridique existe déjà pour prévenir ou limiter les dangers ou troubles excessifs aux personnes et à l’environnement causés par les émissions de lumière artificielle et limiter les consommations d’énergie (article L. 583-1 du Code de l’environnement). Nous pensons qu’il faut aller plus loin en créant un droit à la nuit sur le modèle du droit à l’ensoleillement. Nul ne devrait subir de lumière directe et intrusive, dans son logement ou son terrain au cœur de la nuit.

Nous appelons à un changement profond de paradigme, que la nuit devienne la norme et l’éclairage l’exception.

Les premiers signataires :

Laurent Frottier, membre du bureau fédéral (54) – Audrey Bardot, vice-présidente du conseil départemental (54) – Hervé Tillard, maire de Chavigny, conseiller régional (54) – Marie-José Amah, première secrétaire fédérale, vice-présidente du conseil départemental (54) – Dominique Potier, député (54) – Marie-Claire Donnen, conseillère régionale (54) – Michaël Weber, premier secrétaire fédéral, maire de Wœlfling-lès-Sarreguemines (57) – Estelle Mercier, adjointe au maire de Nancy, conseillère métropolitaine du Grand Nancy (54) – Dominique Rouby, maire de Belleville (54) – Benjamin Claudon, animateur fédéral du MJS54, membre du bureau national du MJS – René Thiry, maire d’Audun-le-Roman (54) – Anne Heideiger, secrétaire fédérale (54) – Luc Charpentier, secrétaire fédéral et secrétaire de section (12) – Isabelle Masson (54) – Germain Courrier (54) – Laurent Pierron (54) – Denis Remy (54) – Françoise Méjean (54) – Gérald El Kouatli, secrétaire fédéral (54) – Matthieu Leiritz, secrétaire fédéral (54) – Françoise Pierron-Mathevet (54) – Catherine Guenser, première adjointe au maire de Liverdun (54) – Christine Schnatter, conseil fédéral (54) – Mani Cambefort, premier secrétaire fédéral (89) – Michel Pardieu (54) – Laure Botella, secrétaire de section (95) – Ninumé Descamps, secrétaire de section, conseillère municipale de Pourrières (83) – Agnès Marchand (54) – Nicole Samour, première secrétaire fédérale (52) – Éric Zuccarelli (75) – Claude Lombard, conseillère municipale (54) – Ellen Lombard (54) – Julien Lefebvre (54) – Christian Lombard, maire de Moineville (54) – Valérie Ephritikhine, secrétaire de section (54) – Anxhelo Bici (54) – Nicolas Ducrocq (44) –  Patrick Bequet (35) – Dominique Deviterne, conseiller municipal de Pulnoy, secrétaire de section (54) – Daniel Adoue, secrétaire fédéral (32) – Dieynaba Diop, porte-parole du Parti Socialiste, membre du Conseil National, conseillère régionale (78) – Christine Minery, secrétaire fédérale, conseillère municipale de Saint Max (54) – Nicolas Moura, secrétaire fédéral (54) – Aline Jeudi, première secrétaire fédérale, conseillère municipale et communautaire (03) – Sam Arsac (FFE) – Skender Hekalo, secrétaire de section (54) – Anthony Perrin, secrétaire de section, conseiller départemental (54) – François Renault (54)

Contribution thématique 3 :
Socialistes donc européens : pour une Union européenne fédérale élargie

Les pionniers de l’Europe, et au premier rang les socialistes tels Léon BLUM ou Paul Henri Spaak portaient une vision : celle d’une Europe unie et prospère, donc pacifiée, donc démocratique.

 A l’heure où partout menacent à nouveau le nationalisme, la pauvreté et donc la guerre, les socialistes d’aujourd’hui doivent donc fièrement et opiniâtrement œuvrer à l’approfondissement de la construction européenne et à l’élargissement de l’Union.

 Cette fois les hommes d’Occident n’ont pas manqué d’audace et n’ont pas agi trop tard. Le souvenir de leurs malheurs et peut-être aussi de leurs fautes semble les avoir inspirés, leur a donné le courage nécessaire pour oublier les vieilles querelles, bouleverser des traditions désuètes, pour leur permettre de penser et d’agir d’une manière vraiment nouvelle et pour réaliser la plus grande transformation volontaire et dirigée de l’histoire de l’Europe.”

 Paul Henri Spaak, socialiste belge, père de l’Europe, s’exprimait ainsi lors de la signature du traité de Rome. Ces mots résonnent aujourd’hui et la solidarité dont ont fait preuve les pays frontaliers dans la prise en charge des malades français de la région Grand Est lors de la crise du Covid permet de garder espoir.

  Nous considérons que l’Europe est dans cette situation car elle est bloquée au milieu du gué de sa construction. L’Europe a poussé la coopération économique jusqu’à la création d’un espace de libre échange et d’une monnaie unique, mais l’Eurogroupe est le seul espace de gouvernance de cet espace : les institutions sont à la fois inadaptées, trop limitées dans leurs compétences et trop peu légitimes pour agir efficacement. Si l’Europe va mal aujourd’hui, c’est aussi qu’elle n’a pas approfondi son ancrage démocratique.

 L’Europe a poussé la citoyenneté européenne jusqu’à tout faire pour effacer les traces visibles des frontières entre les Etats membres, mais les eurodéputés qui représentent les peuples n’ont pas de pouvoir décisionnel face à la Commission européenne et au Conseil Européen. Les institutions européennes, qui devraient placer le Parlement Européen au centre, continuent à lui donner un rôle subalterne.

 La nouvelle situation internationale interdit l’immobilisme. L’invasion de l’Ukraine et l’affirmation des impérialismes russe et chinois remettent en cause certaines dépendances désormais insoutenables pour qui veut maintenir une Europe libre et démocratique, modèle pour tant de peuples encore soumis à la misère et à la dictature.

 Le retour de la guerre implique, sauf à s’en remettre indéfiniment à l’OTAN, aujourd’hui indispensable quoique trop dépendante des orientations de la politique américaine, la construction d’une véritable Europe de la défense, et donc une chaîne de commandement sous autorité d’un pouvoir fédéral européen. Ce pouvoir fédéral ne pourra exister que s’il découle de la volonté des peuples, donc d’une légitimité retrouvée.

 La dépendance énergétique liée aux importations russes, tout comme l’accélération de la crise climatique, exigent le développement d’une politique européenne intégrée de l’énergie, afin de négocier ensemble de nouvelles sources d’approvisionnement, de développer un service public européen de l’énergie apte à privilégier les énergies renouvelables, les moyens de transports propres et des tarifs n’excluant aucun.e Européen.ne.

 Le repli nationaliste de la Chine, vers laquelle les capitalistes européens ont exporté depuis trop d’années unités de production et donc emplois, notamment d’ouvriers et de techniciens, doit nous conduire à amplifier la relocalisation industrielle – également rendue nécessaire par la fragilité et l’insoutenabilité écologique des circuits longs de transport – via un protectionnisme européen assumé. Pourquoi pas ainsi un « Buy european act » semblable à celui pratiqué par les Etats-Unis ? L’Europe ne peut plus être le géant naïf du commerce mondial.

 Tout ceci nécessite l’affirmation de notre soutien au transfert de pouvoirs des Etats Nations vers un échelon fédéral européen et donc, pour être accepté par les peuples, une démocratisation et une clarification des instances européennes.

  

Nous, socialistes, devons assumer la proposition d’un gouvernement fédéral européen, désigné par la majorité du Parlement Européen, représentant des peuples. Celui-ci formerait, avec les Conseils des Ministres Européens concernés, des commissions bilatérales chargées de contrôler ce gouvernement fédéral. Le Conseil Européen représentant les Etats, lui, jouerait le rôle de chambre haute dans l’élaboration des projets de directives et de règlements – tout en gardant la main sur les projets de révision des traités.

Ainsi, le Parlement Européen aurait le dernier mot sur les actes à portée législative, et jouerait pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif européen. Celui-ci, qui remplacerait la Commission Européenne d’aujourd’hui, ne serait plus désigné par les Etats mais issu directement de la majorité du Parlement. Quant à l’incarnation de l’Union, elle serait assurée soit par le Président de cet exécutif redéfini, soit pourquoi pas par un Président de l’Union désigné au suffrage universel direct ?

 Les peuples européens l’accepteraient-ils ? Cette proposition n’est-elle pas contradictoire avec la montée électorale des nationalismes et des gouvernements autoritaires au sein même de l’Union, alimentée par le rejet du libre-échange et la crainte des migrations ?

 On peut faire le pari du contraire : c’est l’absence de pouvoir, de puissance européenne qui crée les conditions du repli national et le retour à des identités largement mythiques, utilisées par les démagogues de tout bord. La crise du Covid, la menace impérialiste russe ont confirmé l’attachement très large des peuples à l’Union, qu’il s’agisse de la monnaie commune ou d’une réponse unitaire aux agressions et menaces du régime de Poutine.

 Et puis, où serait l’alternative, sinon dans le chacun pour soi et le recours à une tutelle étatsunienne dont rien ne garantit la permanence à l’avenir ?

 Enfin, la promesse de liberté, de justice et de solidarité ne peut rester l’apanage d’un club fermé, d’où la nécessité de l’élargissement. Or celui-ci ne peut se faire sans ce « pas en avant » permettant de légitimer, démocratiser et rendre plus efficaces les décisions européennes.

 Si nous sommes fidèles aux idéaux de nos fondateurs, et si nous voulons rester ce que nous sommes, n’en déplaise aux éternels souverainistes à courte vue, c’est à dire un modèle, (certes largement perfectible) politique, économique et social, alors rien ne justifie que nous n’ouvrions pas nos portes aux Etats qui demandent leur adhésion : l’Ukraine d’abord, les Etats balkaniques, demain la Moldavie ou la Géorgie, voire la Turquie. Ces adhésions ne seront soumises qu’à une seule condition préalable : le respect de la démocratie et de l’état de droit.

 Ainsi les socialistes, et notamment via le PSE dont l’action est aujourd’hui beaucoup trop inaudible faute d’incarnation et de relais des débats et positions via les partis frères, pourraient porter devant l’opinion publique plusieurs objectifs.

 La mise en place des institutions décrites ci-dessus pourrait s’envisager dans une démarche de cercles d’approfondissement concentriques ou de « noyau dur », avec les Etats qui en ont la volonté, sous la forme d’une véritable Constitution pour une Union fédérale européenne. En ce cas, les pays membres qui resteraient hors de cet espace fédéral continueraient à bénéficier d’un espace de libre-échange et de coopération renforcée sous réserve de respecter les normes de l’état de droit. Ce dispositif pourrait s’appliquer, s’il le souhaite, à un Etat comme le Royaume-Uni.

 Quant au noyau dur fédéral, ses compétences seraient certes soumises au principe de subsidiarité, mais auraient vocation à couvrir tous les domaines d’intervention publics traditionnels : pour que l’Europe soit forte, il faut qu’elle puisse intervenir dans tous les domaines. Un modèle de valeurs, fondé sur l’Etat de droit, et des institutions démocratiques ne peuvent incarner la volonté des peuples que s’ils se nourrissent de projets politiques ; ceux-ci, en retour, ne peuvent être contraints de manière limitative. Aujourd’hui, l’Europe n’intervient que si les traités l’y autorisent ; demain, elle interviendra dès lors que ses élus décideront, pour des raisons d’efficacité, de stratégie, d’échelle que l’action publique adaptée doit être menée au niveau fédéral.

 Le financement des politiques européennes serait porté par un budget autonome, et assuré par la taxation des échanges financiers de la zone de libre-échange. Et leur objectif devrait sortir du carcan des principes retenus dans les traités de Rome et de Maastricht, certes louables pour le développement d’un marché et d’une monnaie uniques, mais qui doivent être complétés par la prise en compte, dans un débat beaucoup plus politisé qu’aujourd’hui, du bien-être des peuples.

 L’un des leviers consistera en une refonte des missions de la Banque Centrale Européenne en lui ajoutant des objectifs humains et environnementaux (bien-être, pauvreté, émission de gaz à effet de serre, état de conservation des espaces naturels, etc.) qui contrebalancent les indicateurs purement économiques comme le PIB et les niveaux de déficits ou d’inflation. La BCE ne serait plus « indépendante » – que signifie au juste cette notion en démocratie, sinon un alignement sur les intérêts financiers capitalistes – mais bel et bien responsable devant les instances qui représentent le peuple européen.

 L’Union recherchera l’autosuffisance stratégique, par la création de coordinations européennes ayant le cas échéant compétence dans les domaines de la santé publique, de l’alimentation et de la sécurité numérique.

Les compétences de défense et de diplomatie reviendraient à l’Union, seule capable de peser dans un monde multipolaire, avec la constitution d’un corps européen d’intervention et d’une réserve citoyenne européenne pouvant agir sur tous les territoires sur décision des instances fédérales.

La politique de l’Union, régulièrement redéfinie au sein du gouvernent fédéral, s’inscrira également dans une logique de coopération avec les pays du Sud, à commencer par nos voisins et partenaires africains.

 Comme toujours, la guerre est un accélérateur de l’Histoire, une histoire qui s’emballe à nouveau sous nos yeux, pour le pire peut-être, pour le meilleur si nous le voulons.

 Pour nous socialistes, profondément internationalistes, attachés à la paix, à la justice sociale, au respect de la démocratie, à la préservation de l’environnement, l’Union est à un tournant : soit elle fait le choix de l’immobilisme, du déclin et de l’échec, soit elle va de l’avant et contribue à fonder un monde d’après-crise plus sûr, plus juste et plus démocratique.

Nous voulons donc aujourd’hui et demain construire l’Europe des peuples face aux dictatures, l’Europe des solidarités face au capitalisme sans frein ni conscience, l’Europe de la transition écologique face à celle du productivisme.l.

 Une Europe fédérale, politique :  oui, les Etats Unis d’Europe.

 

Les premiers signataires :

Matthieu Leiritz, secrétaire fédéral (54) – Jérémy Houssay, secrétaire fédéral (54) – Marie-José Amah, première secrétaire fédérale, vice présidente du conseil départemental (54) – Olivier Jacquin, sénateur (54) – Anthony Perrin, secrétaire de section, conseiller départemental (54) –  Céline Geismann, secrétaire nationale adjointe à l’Europe – Gérald El Kouatli, secrétaire fédéral (54) – Dominique Deviterne, secrétaire de section, conseiller municipal de Pulnoy (54) – Benjamin Claudon, animateur fédéral du MJS54, bureau national des jeunes socialistes – Julien Lefebvre (54) – Mary Maire (54) – Estelle Picard, conseil national, secrétaire fédérale (79) – Stéphane Barbier (54) – Hélène Dousse (54) – Laurent Olivier (54) – Mouloud Merbah (54) – Skender Hekalo, secrétaire de section (54) – Christine Minery, secrétaire de section, secrétaire fédérale, conseillère municipale (54) – François Renault, secrétaire fédéral (54) – Laurent Olivier (54) – Nicole Samour, première secrétaire fédérale (51) 

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