Contribution thématique

Fédérations de la Meuse et de la Haute-Marne

Contribution thématique 
CIGEO : Le projet n’est pas prêt

Au cœur de l’été, la première ministre a signé la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) du projet CIGEO d’enfouissement à Bure à 500 mètres sous les terres meusiennes et haut-marnaises (Grand Est) des pires déchets que l’humanité n’ait jamais générés : les éléments radioactifs produits par nos centrales nucléaires des catégories Moyenne Activité à Vie Longue (MAVL) et Haute Activité à Vie Longue (HAVL). Des conseils municipaux de proximité s’étaient prononcés contre cette DUP. Nos collègues élus de gauche au Pays Barrois, bien que minoritaires, ont obtenu un vote défavorable. Les élus de la gauche unie au conseil départemental, ainsi ceux du Conseil Régional se sont également prononcés contre.

 Beaucoup d’entre-nous ont longtemps eu sur Bure un avis simple. Il consistait en gros à dire que maintenant que ces déchets sont là, il faut bien en faire quelque-chose. Et, oui, disons-le tout de suite, il faudra bien un jour en faire quelque-chose.

 Et puis, il nous est apparu impossible de se contenter d’un avis aussi peu informé, aussi peu construit, s’agissant de déchets dont la toxicité de certains éléments dépasse le million d’années. Beaucoup de volumineux documents ont été publiés par toutes les parties prenantes, que ce soit l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), en charge du projet, les opposants, s’appuyant sur d’autres analyses scientifiques ou le CLIS. L’autorité de sûreté nucléaire et l’autorité environnementale ont également publié des avis, les derniers en amont de la DUP.

 Nous en retenons que le projet Cigéo n’est pas au point !

 La présente contribution thématique s’inspire largement de ce que nous avions écrit en nous appuyant sur l’avis de l’autorité environnementale pour demander le refus de la déclaration d’utilité publique :

 Le projet Cigéo a fait l’objet d’un avis de l’Autorité Environnementale (AE).

 Alors, pour commencer, l’AE, ce n’est pas une association d’écolos barbu·es et chevelu·es accroché·es aux arbres du bois Lejuc. L’AE s’appelle officiellement “Autorité de l’État compétente en matière d’environnement”. Le fait qu’elle ait été saisie du dossier Cigéo correspond aux démarches légales pour un dossier de cette ampleur.

 Il n’est pas demandé à l’AE d’émettre un avis positif ou négatif sur le projet, mais d’analyser les documents présentés par l’Andra et de faire des recommandations. L’avis est un document de 56 pages qui alterne constatations et recommandations. Il vaut la peine d’être parcouru. Voici quelques recommandations qui nous semblent importantes. Mais, avant, petit rappel : quand on parle d’environnement, on n’évoque pas que de l’épanouissement de quelques papillons sur des fleurs rares. On parle aussi de santé publique. Dans les lignes qui suivent, nous citons entre guillemets des extraits du rapport que nous tentons ensuite de traduire en clair. Le document original est en lien.

 L’AE recommande de présenter la surveillance à long terme qui est prévue et les moyens employés pour diminuer les risques à long terme après fermeture du stockage.

En clair : La surveillance à long terme du site n’est donc, selon l’AE, pas assez étudiée et il faut encore diminuer les risques sur le long terme.

 L’AE recommande de compléter le dossier par l’analyse de la composition chimique des matériaux qui seront extraits du sous-sol pour constituer les verses afin d’évaluer le risque de transfert de matières solides toxiques dans l’air et les eaux.”

En clair : on ne connaît pas bien la composition de tout ce qu’on va sortir de terre pour creuser les galeries et, donc, l’effet de ces tas de matériaux qu’il est prévu d’entasser à la surface, à l’entrée du bassin de la Seine.

 L’AE recommande de comparer les avantages et les inconvénients environnementaux, y compris à très long terme, des différents types de stockage pour pouvoir démontrer que le choix de la couche d’argilite du Callovo-Oxfordien est bien le plus adapté pour engager aujourd’hui l’avenir sur plusieurs millénaires

En clair : Heu, comment dire ? L’AE rappelle que, depuis le début, le seul et unique sujet étudié par l’Andra a été l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure. De ce fait, il ne peut être affirmé que cette solution soit la meilleure. C’est juste la seule qu’on ait étudiée. Malgré la loi (socialiste) de 1991, dite loi Bataille, qui demandait que soient suivies plusieurs pistes de recherches pour gérer ces déchets, aucune autre piste que n’a été approfondie. En quelque sorte, depuis que les ingénieurs du nucléaire ont compris que ces déchets ne disparaîtraient pas par magie comme la deuxième chaussette dans la machine à laver et que les jeter à la mer, bin, ce n’est pas cool, ils se sont mis en tête de les enterrer à Bure. Et puis c’est tout. Bref, l’AE nous dit qu’on s’engage sur plusieurs millénaires (plusieurs centaines de milliers d’années, en fait) alors que les alternatives n’ont pas été étudiées !

 L’AE recommande de reprendre, une fois complétée la connaissance de l’état actuel, la comparaison des incidences environnementales de plusieurs variantes d’implantation des différentes composantes du projet.

En clair : L’AE nous dit qu’en plus de n’avoir pas étudié d’alternatives à l’enfouissement, l’ANDRA n’a pas non plus sérieusement étudié différentes possibilités de disposition des installations sur place. Et c’est vrai que l’impression est que la répartition des installations est plus liée à des questions politiques et financières (répartition des taxes locales entre collectivités (de droite) proche du projet qu’à des raisons scientifiques, voire, même, industrielles…

 L’AE recommande :

  • de justifier, au regard du principe de précaution et du nécessaire contrôle de la société sur le stockage à long terme, le projet de développement du territoire qui en l’état actuel augmente le niveau d’enjeu face au risque d’exposition à la radioactivité et risque de banaliser le territoire ;
  • d’évaluer l’intérêt de solutions alternatives qui permettraient de diminuer le risque à très long terme et, à tout le moins, de déterminer les conditions d’une compatibilité à long terme entre l’activité de stockage et les autres activités du territoire.”

En clair : Puisque les risques de ce projet ne peuvent être totalement maîtrisés, l’AE demande s’il est bien raisonnable de chercher à développer le territoire autour de Bure. Mieux (pire ?), l’AE indique : “compte tenu de la nature du projet et des incertitudes qui portent sur les risques à long terme, il serait rationnel, en application du principe de précaution, de chercher à limiter durablement la population exposée à l’aléa, même si celui-ci est très faible.

 

Désertifier le territoire… Sur quel rayon ? Mandres est à 2.5 km. Montier à 7 km. Gondrecourt, 11 ; Ligny, 22 ; Saint Dizier, Commercy, Bar le Duc une trentaine…

 L’AE recommande de compléter le dossier par une évaluation des incidences environnementales et sanitaires à court, moyen et long termes liées aux fonctionnements en mode dégradé ou à l’occurrence de situations accidentelles pendant la phase de fonctionnement du site et ultérieurement”.

En clair : L’Andra n’a étudié que les situations normales. Il n’y a pas, dans le dossier, d’analyses de ce qui se passerait en cas d’accident. Or, on le sait, l’activité à Bure ne consistera pas uniquement à enterrer des colis. En surface, ils seront amenés, stockés, manipulés, conditionnés, déplacés, enfouis, le tout pendant un siècle. Un siècle et demie au moins si de nouveaux réacteurs sont construits… Le risque lié à ces manipulations ne peut pas être nul. Il n’est pas analysé.

 Bref, après le rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, en 2018, qui remettait en cause bien des aspects du projet Cigéo, le rapport de l’Autorité Environnementale vient remettre une couche : 30 ans après la loi Bataille, le dossier n’est visiblement pas prêt et bien des zones d’ombre persistent. Depuis ce temps, des sommes importantes ont été dépensées sur le territoire pour favoriser le développement économique. Avec pour effet des villages qui s’éteignent doucement entre des mairies flambant neuves, des trottoirs en marbre et des éclairages publics design à économie d’énergie. En point d’orgue, la fermeture du collège de la zone à Montiers sur Saulx. Aujourd’hui, apparaît, dans un document officiel, la nécessité de déserter le territoire.

 Le moment est venu, pour les élus locaux, de cesser de ne voir en ce projet qu’une manne financière irriguant le territoire. Il est temps de s’intéresser aussi aux autres aspects du projet : environnement, vie locale, santé, risques… Or, rapports après rapports, les autorités gouvernementales chargées de donner un avis sur ce projet nous rappellent que le projet Cigéo n’est visiblement pas prêt, que bien de ses aspects restent obscurs. Ainsi, par exemple, la gestion de l’eau et de sa migration dans la couche de stockage pour un projet situé au début du bassin versant de la Seine pose question.

 Dans ces conditions, dans l’intérêt du territoire, de ses habitants et de leur descendance, et ce dans l’ensemble du bassin de la Seine, il est urgent de mettre Cigéo en pause. L’Andra continue d’avancer à marche forcée sur le projet en prétendant que les réponses seront trouvées au fur et à mesure de l’avancement. Chacun comprend que chaque étape administrative de ce projet constitue un cliquet et que chacun de ces cliquets rend l’arrêt du projet plus difficile.

 Pour autant, ces déchets existent et il faudra en faire quelque-chose. Les recherches autour de Cigéo doivent se poursuivre. Mais aussi les autres voies de recherches promises par la loi Bataille.

 L’autre constat que nous amène à faire l’état de ce dossier, c’est que nous ne savons pas traiter les déchets nucléaires. Avec le risque d’accident majeur, l’utilisation d’une ressource non renouvelable qui n’assure en rien notre indépendance, les risques accrus d’étiages des cours d’eau censés refroidir les centrales, cette incapacité à traiter les déchets nucléaires est l’un des points noirs de cette industrie. Dans ces conditions, il ne saurait être question d’envisager, surtout à marche forcée, la construction de nouveaux réacteurs.

 Négawatt, l’ADEME et RTE nous disent qu’un avenir sans nucléaire est possible. Il nous faut donc maintenir la position clairement soutenue pendant la campagne présidentielle : pas de construction de nouveaux réacteurs et prolongement de ceux qui existent pour assurer la transition. 

 Il nous faut également travailler collectivement dans et en dehors du PS pour tracer cette route.

 Lien vers l’avis de l’autorité environnementale :

http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/210113_cigeo_52_55_delibere_cle26329f.pdf

Les signataires : 

Olivier Guckert, premier secrétaire fédéral, conseiller municipal (55) – Nicole Samour, première secrétaire fédérale (52) – Éric Quénard, premier secrétaire fédéral, conseiller régional (51) Alain Cédelle, conseiller régional (52) – Marie-José Amah, première secrétaire fédérale, vice-présidente du conseil départemental (54) – Benjamin Claudon, animateur fédéral du MJS54, bureau national des jeunes socialistes (54) – Jean-Christophe Bejannin, trésorier de section, BFA (75) – Roland Corrier, trésorier fédéral (55) – Antonin Mahé, animateur fédéral du MJS22, conseiller municipal de Paimpol (22) – Serge Auvergne (52) – Olivier Galiana, secrétaire fédéral (29)

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